OPPOSITION AU PROJET DE RETOUR AUX 90 KM/H DANS L'EURE
vendredi 7 février 2025
Monsieur le Président du Conseil départemental, Monsieur le Vice-Président, Comme nous nous y sommes engagés aujourd'hui en session plénière, nous vous livrons quelques-uns des motifs de notre opposition au retour de la limitation aux 90 km/h sur les routes départementales de l'Eure. Nous n'allons pas vous cacher une forte interrogation quant à cette obsession qui vous anime. Dans le magazine départemental "Deux Sept", les tribunes de la majorité départementale ont porté sur ce sujet dans les numéros 40, 41, 42, 43, 45 et 46. Sans parler de la couverture et d'une double page pour le numéro 40, du lancement d'une pétition et enfin de la présence sur les marchés eurois. Pour quel autre projet la majorité départementale mène-t-elle ainsi une telle campagne ? Dans votre communication, vous tentez de faire croire à une tendance majoritaire des départements puisque 52 ont rompu avec les 80 km/h. Or, c'est essentiellement pour un retour très partiel de 10, 20 ou 30 % seulement du réseau. En fait, seuls sept départements sont vraiment repassés à 100 % aux 90 km/h. Pourquoi ne pas le dire au lieu de jouer sur cette ambiguïté ? La majorité départementale explique que les 80 km/h, "ça ne marche pas", parlant même d'un "échec" et affirmant qu'on comptabilisait déjà 41 tués sur les routes de l'Eure début novembre contre 33 pour toute l'année 2017. Mais de quelles routes parliez-vous alors ? N'auriez-vous pas comptabilisé dans ce total les autoroutes et voies rapides ? Car désormais, vous êtes contredits par… vos propres chiffres. Sur le nombre de tués que vous nous indiquez, on passe de 34 en 2021 à 20 en 2024, soit une baisse de 41 %. Pourquoi dire alors que les 80 km/h ça ne marche pas… tout en apportant la preuve du contraire ? Et quid des vies sauvées grâce aux 80 km/h, forcément hors statistiques ? Dans le rapport d'accidentologie du PV de délibération de la CP du 07/02/2025, le tableau remontant jusqu'à 2017 montre que 2024 est la moins mauvaise année quant au nombre de tués, exception faite de 2020, année des confinements. Quant au nombre de blessés, 2024 est l'année la plus faible, mieux encore que 2020 et ses interdictions de sortir. Alors pourquoi écrire (n°41) que le nombre de blessés a "littéralement explosé" ? Où avez-vous vu ça ? Le raisonnement de base, sur des chiffres faux, était de toute façon absurde : "comme il y a eu plus de morts, vous allez pouvoir rouler plus vite !". Voilà le message que vous envoyez aux Eurois ! Alors, allez-vous aussi réclamer la fin des radars automatiques ? du port du casque ? de la ceinture ? Plus sérieusement, pourquoi affirmer qu'était attendue une "baisse spectaculaire" des accidents de la route avec les 80 km/h ? Qui avait parlé comme cela dans un domaine aussi complexe ? Comment pouvez-vous dire que ce qui tue, c'est la drogue, l'alcool, la somnolence, le téléphone et les grands excès, en oubliant la cause essentielle et facteur aggravant : la vitesse ? Avec la vitesse, tout est plus grave : l'indemne devient blessé ; le blessé léger, un blessé grave ; le blessé grave, un mort. Nous aimerions également que vous nous indiquiez quels partenaires de la sécurité routière et quels spécialistes de l'accidentologie soutiennent une augmentation de la vitesse sur les routes départementales déjà si dangereuses. Sur quelles bases scientifiques - et non idéologiques - s'appuie la majorité départementale pour prendre une initiative que personne ne réclamait ? Avec une hausse du trafic de 10 % depuis 2017, chacun voit que le véritable enjeu, c'est le partage de la route entre piétons, cyclistes, vélos électriques, scooters, motos, voiturettes, engins agricoles, voitures, camions, transports scolaires, etc. En aucun cas l'augmentation de la vitesse - polluante et inefficace - ne va favoriser ce partage de la chaussée. Là, vous décrétez le règne de la "bagnole". Il y a également le problème du projet des panneaux d'entrée dans le Département et ce slogan : "Dans l'Eure, on roule à 90 km/h". Non, c'est une limite, jamais une vitesse à atteindre. D'ailleurs, devant la gravité des accidents de la route, on n'ose à peine parler du coût des panneaux dans une période de forte récession budgétaire. Il s'agit tout de même de 220.000 €, sans compter les 420 études à réaliser et des équipes alors mobilisées sur tout ce travail et non sur d'autres tâches. Le mécontentement populaire concerne l'état des routes, non leur limitation. Comme nous vous l'avons indiqué, nous n'avons recensé aucune demande des habitants lors de nos rencontres publiques dans le canton. La mesure avait été acceptée. Votre pétition a mis 3 mois pour atteindre péniblement 5000 signatures, venues d'on ne sait où (elle est ouverte à tous). Bref, il nous reste la désagréable impression de voir une victoire du lobbying automobile et de la ligue de défense des conducteurs. La route n'est pas qu'aux automobilistes. La sécurité routière n'est pas une question d'opinion mais bien de vérité scientifique, même si c'est difficile à faire entendre dans l'hémicycle. Nous vous remercions donc pour vos réponses et vous adressons, Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, nos respectueuses salutations. Maryannick DESHAYES, Arnaud LEVITRE Conseillers départementaux du canton de Pont de l'Arche
