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Commémoration de la Victoire et de la Paix du 11 novembre

Jour anniversaire de l’Armistice de 1918

samedi 11 novembre 2023 - Alizay

Mesdames, Messieurs, Chers amis, Chers enfants, Comme le veut désormais la tradition, nous voici réunis aujourd'hui à Alizay pour la Commémoration de la Victoire et de la Paix le 11 novembre - jour anniversaire de l’Armistice de 1918 - mais aussi pour rendre hommage à tous les morts pour la France. En effet, il y a maintenant 105 ans, était signé l'Armistice dans la clairière de Rethondes à Compiègne. Il était temps, au bout de 4 années d'horreurs et d'épouvantes. Car de 1914 à 1918, plusieurs dizaines de pays ont participé à ce conflit, mobilisant ainsi 70 millions de soldats. Ce furent alors des vies détruites, des gueules cassées, des destins anéantis, des millions de parents, de veuves et d'orphelins frappés de mille chagrins. Car la jeunesse paya le prix fort comme en témoignent encore les dizaines de milliers de monuments aux morts érigés partout en France juste après la guerre. Nos aînés, auxquels on avait promis un conflit court pour une victoire rapide, venaient de vivre la première Guerre mondiale, mais aussi la première guerre moderne, technologique, industrielle. Cette fois, avaient être mobilisés des moyens matériels inédits que l'on retrouvera tout au long du siècle suivant : chars, avions, sous-marins, bombes, camions, fusils mitrailleurs, grenades, gaz mortels. La modernité se mêlant à la sauvagerie des combats et des destructions, on arriva à un bilan qui nous fait encore frémir de 10 millions de morts, plus de 21 millions de blessés et des populations entières à jamais traumatisées. Cette guerre de la modernité et de la toute-puissance de l'armement fut aussi, pour notre pays, celle de la survie quasi bestiale comme l'ont connue les Poilus dans les tranchées. Presque déjà enterrés vivants, ils durent tout supporter : chaleur et froid, pluie et soif, promiscuité et solitude, poux et rats, angoisses et ennui, peur d'en sortir ou d'y rester. Nés à la fin du XIXe siècle, nombre de ces jeunes hommes partant pour le front faisaient à cette occasion leur tout premier voyage. Mais pour beaucoup, ce fut aussi le dernier. Quant à leurs familles, à leurs femmes, à leurs enfants, ce fut une période de souffrance, d'angoisse, d'épuisement moral et physique. Mais aussi une preuve évidente du rôle des femmes dans la société, elles qui durent assumer tous les rôles, toutes les tâches, même s'il faudra attendre avril 1944 pour que les femmes obtiennent le droit de vote, et avril 1945 pour qu'elles puissent l'exercer pour la première fois. Malheureusement, celle qu'on surnomme encore la "Grande guerre" ne fut pas la "Der des ders". Vingt-et-un ans après, une seconde guerre mondiale allait éclater, entraînant la planète dans un chaos inédit qui fit sans doute près de 80 millions de morts dont 6 millions de juifs assassinés. J'expliquais l'an dernier que pour la première fois depuis que je suis maire, la guerre est à nouveau installée en Europe depuis l'attaque militaire de la Russie contre l'Ukraine le 24 février 2022. 625 jours plus tard, force est de constater que l'espoir que je formulais alors, de voir ce conflit rapidement résorbé, s'est totalement envolé. Dans 3 mois et demi, cette guerre aura deux ans et aucune issue n'est pour l'heure envisagée ni même envisageable. Mais à ce retour d'une guerre entre deux états sur le Vieux continent est venu s'ajouter un autre drame : la résurgence, sous la pire forme qui soit, du vieux conflit israélo-palestinien. Le samedi 7 octobre 2023, 50 ans après la guerre du Kippour, Israël subissait une attaque du Hamas d'une incroyable violence. Il s'agit bien pour la population israélienne d'un traumatisme équivalent au 11-Septembre. Car au-delà des militaires et policiers, ont été attaqués et massacrés nombre de civils désarmés et innocents, des jeunes participant à un festival de musique techno, tout comme des familles vivant paisiblement dans des kibboutz. Ces enfants, ces femmes, ces hommes, ne sont pas les "victimes collatérales" d'un combat militaire mais bien le cœur de cible de ces attaques. Il s'agissait bien de marquer les corps mais aussi les esprits, de manière bestiale, même si aucun animal n'agirait avec ce sadisme et cette cruauté. Pour autant, la réponse d'Israël crée un immense malaise et choque l'ONU tout comme nombre d'opinions publiques. Les bombardements sur Gaza n'épargnent pas les civils et laissent peu de chances aux enfants, aux femmes, aux malades et aux personnes âgées. Même si c'est invérifiable pour le moment, on pourrait avoir atteint les 10.000 morts palestiniens. L'ordre donné par Israël à plus d'un million de Gazaouis de tout abandonner pour fuir est d'autant plus cruel qu'il s'est accompagné de la privation d'eau, d'électricité, de nourriture et de carburant, tout cela sans que cessent les bombardements. Les images dramatiques de ces nouvelles victimes risquent de nourrir des envies de vengeances incontrôlables pour un cycle infernal. Vouloir écraser l'autre n'est pas sans risques. Souvenez-vous ! C'est en jouant notamment sur le sentiment d'humiliation - lié aux conditions imposées à l'Allemagne après l'Armistice - qu'Hitler a pu mobiliser des foules ayant soif de revanche. Et dire qu'en 1994, après les accords d'Oslo, Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Peres recevaient conjointement le Prix Nobel de la Paix. Oui, de la paix ! Malheureusement, ne voyant pas d'issue à ce conflit majeur, notre regard, las, s'est porté ailleurs, vers l'Iran, le Koweït, l'Irak, l'Afghanistan, la Yougoslavie, le Rwanda, le Mali, le Yémen, le Soudan… Ou encore la Lybie, la Syrie, la Tunisie, la Russie, l'Ukraine… Les événements se sont ainsi succédé banalisant l'horreur, nous offrant l'horrible pour routine. Pour en sortir, exigeons un cessez-le-feu mais aussi la libération des otages. On ne peut plus avoir des israéliens qui vivent dans cette angoisse et des Palestiniens qui voient, impuissants, disparaître leurs proches. Il faudra toute la subtilité et la force des diplomaties internationales pour reprendre le chemin menant vers la création de deux états, comme cela était prévu au départ en 1947. Je le sais, ça semble totalement utopique, irréaliste. Il n'y a pourtant pas d'autre solution. Peut-être faudra-t-il aussi que ces deux peuples aient la chance un jour de voir émerger une figure aussi puissante que celle d'un Nelson Mandela. Mais ne croyez pas qu'il soit facile d'être femme ou homme de paix. Une enquête récente fait état de près de 300 assassinats de femmes et militantes politiques dans le monde depuis 2010. Mais avant elles ? Gandhi ? Assassiné par un nationaliste le 30 janvier 1948 à Delhi. Martin Luther King ? Tué par un raciste le 4 avril 1968 à Menphis. Le président égyptien Anouar el-Sadate ? Abattu le 6 octobre 1981 au Caire. Le premier ministre israélien Yitzhak Rabin ? Tué par un israélien d'extrême droite à la fin d'une manifestation pour la paix à Tel-Aviv le 4 novembre 1995. Et Jean Jaurès ? Cet immense homme de paix, figure historique de la gauche ? Lui aussi, lâchement assassiné par un nationaliste le 31 juillet 1914 à Paris. Jaurès qui, justement, voulait éviter le fracas des bombes, le chaos des armes et toutes ces morts inutiles. Dans tous les conflits auxquels nous assistons, il ne s'agit plus de se demander qui a commencé, mais d'aider tous ceux qui voudront bien arrêter. C'est ainsi que les peuples qui se sont affrontés pendant deux guerres mondiales ont réussi, peu à peu, à développer de nouvelles relations, de nouveaux partenariats. Aucun Poilu, embourbé dans sa tranchée, vivant au rythme des déflagrations, n'aurait pu imaginer quelques décennies après que France et Allemagne auraient la même monnaie et laisseraient le passage libre à leur frontière commune. Face aux nouveaux défis du XXIe siècle - comme, par exemple, le dérèglement climatique - notre monde a besoin plus que jamais de fraternité, de solidarité, d'entraide. A chacune et chacun d'agir, quel que soit l'endroit où il se trouve, même ici à Alizay, pour donner de l'avenir à notre futur, en tournant le dos à la haine et à tout ce qui nous sépare. Restons les gardiens de notre humanité, avec courage, respect et dignité.

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE, Maire d'Alizay, Conseiller départemental de l'Eure