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Rassemblement en hommage à Samuel PATY et Dominique BERNARD

lundi 16 octobre 2023 - Pont-de-l'Arche

Mesdames et Messieurs, Chers collègues, chers amis, Comme Maire d'Alizay et Conseiller départemental, je souhaite avant tout remercier mon ami Richard JACQUET, Maire de Pont-de-l'Arche, à l'initiative de ce rassemblement. L'Association des Maires de France a justement proposé aux mairies d'organiser aujourd'hui, en votre présence, une minute de silence. Effectivement, le silence est d'abord la meilleure réponse après un tel drame tant il est nécessaire que chacune et chacun se protège de la violence d'un acte aussi barbare que l'assassinat dans son lycée, d'un professeur, innocent et désarmé. Le recueillement ensuite est d'autant plus puissant qu'il se fait dans le rassemblement. Voir près de 5000 personnes réunies hier à Arras pour saluer, dans la dignité, la mémoire de Dominique BERNARD nous a fait chaud au cœur. Mais après le silence et le recueillement, le temps est sans doute venu de poser quelques mots sur le drame qui s'est joué vendredi matin au lycée Gambetta d'Arras, des mots pour apaiser mais aussi pour comprendre et espérer. Autant le dire franchement, l'assassinat de Dominique BERNARD, en plus d'être douloureux et choquant, est aussi très perturbant. Bien sûr, nul ne doit être ainsi menacé, agressé ou tué. Mais la cruauté est à son comble quand on découvre combien ce professeur, père de trois grandes filles et marié lui-même à une enseignante, était tout le contraire de l'inhumaine barbarie du terroriste. Dominique BERNARD était doux, aimable, souriant, raffiné, drôle, cultivé. Lui, l'agrégé de Lettres modernes, aurait pu prétendre à des postes prestigieux en classes préparatoires ou à l'université. Mais il avait choisi de travailler modestement aux côtés de collégiens. L'homme discret n'en était pas moins engagé et avait participé à la création de l'université populaire d'Arras au début des années 2000. Et c'est bien cet amoureux des livres et de la contemplation qui, à 57 ans, a répondu à la lâcheté du jeune assaillant par la plus éprouvante des générosités : sacrifier sa vie pour protéger celle des autres. Sa plus grande, sa plus terrible et sa dernière leçon, une leçon de courage, loin des cahiers et du tableau noir. Je le disais, cet événement est perturbant parce qu'il survient précisément trois ans après l'atroce assassinat de Samuel PATY, lui aussi professeur cultivé, curieux, discret, apprécié, attentif à chacun, tellement soucieux de bien faire et d'accomplir sa mission d'éducation. Et là aussi, l'assassin était extrêmement jeune, 18 ans, endoctriné dans une sorte de djihad numérique qui permet aux esprits faibles et têtus de se radicaliser sans même sortir de leur chambre. Et comme pour Dominique BERNARD, l'assassin était originaire du Caucase et avait bénéficié de la protection de la France. Toutefois, il serait trop simple et simpliste de renvoyer le meurtrier de Dominique BERNARD à ses origines ou à la radicalisation de certains membres de sa famille. De la maternelle au lycée, de l'école élémentaire au collège, le meurtrier est bien passé par notre système éducatif. Il était connu pour sa radicalisation, mis sous surveillance, fiché S sans que cela freine sa déviance criminelle et empêche un tel raid meurtrier. C'est bien dans son ancien lycée qu'il a décidé de revenir pour accomplir son acte terroriste, tuant Dominique BERNARD et blessant grièvement plusieurs personnes. L'enquête et le procès nous éclaireront sur le sens que l'assassin espérait donner à son acte. Mais pour nous, il est clair que c'est le projet de l'École qui était ici visé. Le grand pédagogue Philippe MEIRIEU, que nous avions eu l'honneur, en mai 2022, d'accueillir ici au collège de Pont-de-l'Arche puis dans la commune d'Alizay, explique que "le fanatisme islamiste s’en est pris, une fois de plus, à un professeur parce que ce dernier incarne tout ce qu’il déteste et veut détruire : l’accès à une pensée exigeante et le refus de toute forme d’emprise, la lutte contre tous les slogans et toutes les théories du complot, l’effort pour ne jamais s’en tenir aux fausse évidences et la volonté de permettre à chacun et à chacune de « penser par lui-même » sans jamais renoncer à « construire du commun ». Mais, ajoute Philippe MEIRIEU, "Si le professeur incarne cela, c’est à cela qu’il doit être formé et de cela qu’il doit rendre compte, d’abord et avant tout." Oui, je le crois profondément, c'est cette vision que nous devons chaque jour défendre et encourager. Celle d'une école émancipatrice, libératrice, humaniste, où – tous différents – les enfants finissent par apprendre la même chose tous ensemble, en prenant le temps que réclament l'échange, la culture, le savoir. Ça n'interdit pas en parallèle le travail policier de surveillance, d'investigation, voire d'interpellation, mais ce projet éducatif démocratique mérite tout notre soutien et réclame toute la puissance de la Nation pour que chaque professeur reste, sans y laisser sa vie, un gardien d'humanité. Je vous remercie de votre attention.

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE, Maire d'Alizay, Conseiller départemental de l'Eure