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Lutte contre la désertification médicale

mardi 31 mai 2022

En l'an 2000, les choses étaient claires pour l’OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé : la France « offrait les meilleurs soins de santé généraux », ce qui en faisait le meilleur système de santé au monde. Vingt ans plus tard, l'OCDE - l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques - constate un taux de mortalité bien trop élevé dans notre pays, que ce soit après un AVC, une crise cardiaque, un cancer, ou même, après un accouchement. Clairement, des gens qui auraient pu - qui auraient dû ! - être sauvés, décèdent. Ces derniers jours, en France, ce sont 120 services d'urgences qui étaient touchés par des fermetures. Et même quand ces services restent ouverts, ils sont saturés comme le relate régulièrement la presse avec des patients contraints d'attendre des heures avant d'être pris en charge, quand ça n'est pas déjà trop tard. Pire, dans les 5 prochaines années, les déserts médicaux vont s'étendre rapidement jusqu'à priver de médecins généralistes 27 millions de Français, aussi bien en ville que dans nos campagnes. Dans ce contexte de dégradation généralisée, la situation de notre département est particulièrement inquiétante. Sur 96 départements métropolitains, l'Eure est 84e pour les généralistes, 94e pour les spécialistes et même bonne dernière pour le nombre de médecins par habitants. Nous sommes 96e sur 96... En 2022, il l y a moitié moins de médecins dans l'Eure qu'ailleurs, quasiment trois fois moins de spécialistes que dans le reste du pays. Ces cinq dernières années, pour 71 installations de médecins, nous avons compté 134 cessations d'activité. D'ailleurs, dans notre département, près d'un généraliste sur 5 a plus de 65 ans. Ils vont partir à la retraite mais sans personne pour les remplacer. Plus généralement, en Normandie, les indicateurs sont au rouge. Un Normand sur deux manque de médecin malgré toutes les initiatives prises par les élus locaux. Et ce n'est pas sans conséquences quand on observe la surmortalité de notre région par rapport au reste de la France. Dans ce contexte, les crédits annoncés dans le cadre du Ségur de la Santé sont d'ores et déjà insuffisants puisqu'ils ne couvrent que 28 % des besoins d'investissement recensés pour nos hôpitaux. 255 millions sont prévus pour le secteur sanitaire public / privé, or il en faudrait presque quatre fois plus. Même si la Région a décidé d'investir 200 millions d'euros sur la durée d'un mandat, il faut de toute urgence que des critères précis soient définis s'appuyant sur des données de santé publique permettant de répartir le plus justement possible cette enveloppe. En d'autres termes, nous souhaitons que cette contribution régionale s'accompagne d'objectifs d'aménagements clairs. En tant que Conseillers départementaux, nous avons régulièrement sollicité le Président du Département pour que soit créé un comité de pilotage transpartisan sur la désertification médicale. Notre demande a enfin été acceptée le 2 février dernier. Pour le moment, nous nous sommes réunis quatre fois et avons ainsi pu auditionner un certain nombre de responsables de santé qui, tous, partagent un même constat alarmant. La répartition des moyens est extrêmement inégalitaire sur le territoire régional entre ceux qui captent tout et les autres auxquels il ne reste presque rien. La nuit et le week-end, nos pompiers - complètement en dehors de leur rôle de secours - en arrivent à devoir assurer eux-mêmes des transports de malades jusqu'au Havre, Pontoise ou Mantes-la-Jolie. Nous réclamons à la majorité LREM et au ministre Sébastien LECORNU d'avancer sur ce dossier et de nous permettre rapidement de confronter nos propositions, de mettre en débat les solutions que notre groupe porte. En effet, nous souhaitons faire évoluer la réponse médicale en créant nos propres Centres de santé publique départementaux. Pourquoi ? Eh bien, après avoir rencontré des jeunes étudiants en médecine, nous comprenons bien que la vocation reste mais que le métier change. Bon nombre de ces jeunes médecins souhaitent bénéficier d'horaires plus stables et ainsi profiter de leur famille. C'est pourquoi nous souhaitons que soit étudiée l'idée d'accueillir des médecins salariés par le Département afin de déployer nous-mêmes l'offre de soin sur les territoires les plus désertifiés. Nous défendons aussi l'octroi d'une bourse de 1.000 € par mois aux étudiants internes pour leurs deux dernières années de cursus universitaire, la condition étant ensuite d'accepter le salariat sur notre territoire pendant les 5 années suivantes. Nous proposons également un soutien logistique et un secrétariat mutualisé pour soulager les médecins des tâches administratives chronophages. Dans ce cadre, nous ne sommes pas forcément opposés à toute installation de cabine ou de borne de télémédecine, mais pour accompagner l'offre médicale en concertation avec les médecins, surtout pas pour les remplacer. Enfin, dans le cadre du Ségur de la Santé, nous réclamons la création d'une antenne de la faculté de médecine dans l'Eure et insistons pour que l'Etat ne s'exonère pas de ses responsabilités et agisse selon le principe de solidarité nationale en faveur de notre département. L'Eure doit être aidée financièrement pour mettre en place ce projet. Croire que les choses vont se faire par elles-mêmes, juste par le jeu de l'offre et de la demande, est une grave erreur. Il faut l'intervention des pouvoirs publics pour rétablir la justice. De bon dernier, notre département peut passer à territoire pilote pour une médecine du XXIe siècle. On y croit et on y travaille !

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE, Maire d'Alizay, Conseiller départemental de l'Eure