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Commémoration de la victoire du 8 mai 1945

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE à Alizay et Igoville

mercredi 8 mai 2024 - Igoville

Mesdames et Messieurs, Anciens Combattants, Élus, citoyens, écoliers, amis, Bonjour à toutes et tous, Comme chaque année, nous voici réunis aujourd'hui pour commémorer la Victoire des forces alliées sur l'Allemagne nazie et la fin des combats de la Seconde Guerre mondiale en Europe, le 8 mai 1945. Ce conflit épouvantable aura duré en tout six ans, jour pour jour, ne prenant fin qu'avec la capitulation japonaise le 2 septembre 1945, quelques jours après l'utilisation par les Américains de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki. Six années de peur, d'horreur, de malheur, mais finalement d'espoir et de victoire ! Jusqu'au dernier jour, jusqu'à la dernière minute, il fallut lutter, ici même en France. Car le 8 mai 1945, il restait encore des poches de combattants allemands à Lorient, Dunkerque, La Rochelle, Saint-Nazaire. Si les villes de La Rochelle et Lorient furent reprises le 8 mai, on dut attendre le 9 pour Saint-Nazaire et le 10 mai pour Dunkerque. Voyez comme la bête immonde a cru jusqu'au bout pouvoir rester féconde. Mais nous voici en 2024, année où les cérémonies ont un goût singulier et une force particulière puisque nous allons bientôt célébrer les 80 ans du Débarquement de Normandie. C'est d'autant plus émouvant que l'an dernier, je vous avais parlé de Léon GAUTIER, qui, à 100 ans, était le tout dernier survivant des 177 Français du commando KIEFFER ayant débarqué à Ouistreham, dans le Calvados. Eh bien, malheureusement, deux mois plus tard, il s'en est allé rejoindre ses camarades de combat. Mais n'oublions jamais son nom : Monsieur Léon GAUTIER ! Nous savons tous combien cette histoire est présente dans notre région puisque ce débarquement inédit s'est déroulé à moins de deux heures d'ici, sur les plages de Normandie, le 6 juin 1944. Avant cela, le 2 février 1943, il y avait eu un autre tournant décisif, loin d'ici, sur le front Est : la défaite des troupes du Troisième Reich et de ses alliés face à l'armée russe à Stalingrad. J'en profite pour rappeler que de tous les pays participant au conflit, c'est l'Union soviétique qui a subi les pertes humaines les plus élevées, tant pour les civils que les militaires, avec un total d'environ 21 millions de morts. Le débarquement de Normandie allait donc être une étape cruciale pour prendre en étau les forces nazies. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, après des mois de préparatifs, des parachutistes sont largués derrière les lignes allemandes pour prendre le contrôle de points stratégiques et empêcher l'arrivée de renforts allemands. Et puis vient l'aube ce mardi 6 juin 1944. Et là, surgissent à l'horizon 500 navires de guerre et 4300 péniches convoyant 5 divisions à destination des 5 plages où va se jouer notre destin : Utah Beach, Omaha Beach, Gold Beach, Juno Beach et Sword Beach. L'effet de surprise ne permettra pas d'éviter de lourdes pertes parmi les troupes alliées. Il faut alors imaginer, sous l'infernale mitraille, le courage incroyable de ces soldats, essentiellement Américains, Canadiens et Britanniques, souvent si jeunes : 23 ans de moyenne d'âge pour les 10.000 soldats du cimetière américain de Colleville-sur-Mer. Parmi ceux qui vécurent la plus grande offensive militaire de l'histoire, certains sont encore en vie, forcément centenaires ou presque, soucieux de témoigner jusqu'au bout, jusqu'à leur dernier souffle, de cette incroyable épopée. Je vous parlais de la prise en étau des troupes d'Hitler, sur le front de l'Est par les Russes, et à l'Ouest par les troupes alliées qui débarquaient. N'oublions pas une troisième opération décisive, celle du débarquement de Provence le 15 août 1944 : 400.000 soldats mobilisés, 250.000 sous les couleurs de la France, dont une grande partie de Sénégalais, de Marocains, d'Algériens et de Tunisiens ainsi entrés à tout jamais dans notre histoire. Si des moyens humains et matériels inédits furent alors nécessaires, c'est parce que l'horreur à laquelle il fallait mettre fin était elle aussi exceptionnelle, insoutenable. Les morts se sont comptés par dizaines et dizaines de millions dont, aux trois quarts, des civils. Quand on dit "civils", comprenez bien qu'il s'agit d'hommes et de femmes sans défenses, sans armes. Des papas, des mamans, des enfants, des grands-parents, des gens simples, démunis, à la merci de la barbarie. J'avais évoqué l'an dernier le massacre d'Oradour-sur-Glane, ce village près de Limoges de la même taille qu'Alizay aujourd'hui. 643 victimes innocentes, des villageois assassinés, fusillés, brûlés, comme ça, gratuitement par la Waffen SS Das Reich, 4 jours après le Débarquement. Sachez que plus près d'ici, en mai et juin 1940, dans le Nord, le Pas-de-Calais, l’Aisne et la Somme, une dizaine de massacres ont été perpétrés par l’armée allemande avec l'exécution d'environ un millier de civils innocents. Beaucoup de nos concitoyens échappèrent à ces massacres en abandonnant tout et partant à pied sur les routes, tenant une valise dans une main et un enfant dans l'autre. Nous aussi, les Français, un jour, nous fûmes des réfugiés. Mais la singularité de cette Seconde Guerre mondiale est bien entendu liée aux sommets d'horreur atteints par la barbarie nazie. Il y eut comme toujours les violences, les viols et tortures, les mutilations et exécutions, les traumatismes, l'exode, tant de destructions et de spoliations. L'Allemagne nazie ce fut aussi l'organisation méthodique de l'assassinat de six millions de Juifs, soit les deux tiers des Juifs d'Europe, abattus par balle sur le front de l'Est ou exterminés dans les camps de concentration, dépouillés, gazés, brûlés. Des millions de femmes, d'hommes et d'enfants traqués, arrêtés, abattus ou bien déportés, et alors exploités ou directement emmenés vers les chambres à gaz. Aux millions de victimes juives s'ajoutèrent des résistants, des tsiganes, des militants politiques, des handicapés, des homosexuels, des francs-maçons, tous ceux que l'extrême droite, de tout temps, partout, a toujours détesté. Avant de conclure, laissez-moi revenir sur deux histoires, certes connues, mais qu'il faut à jamais garder dans nos mémoires au moment où les derniers témoins directs disparaissent. Tout d'abord, celle d'Anne FRANK, cette jeune fille juive qui grandit à Amsterdam après que ses parents ont fui l'Allemagne. Tout le monde connaît son célèbre journal écrit tout au long des deux années durant lesquelles sa famille et ses amis durent vivre cachés dans l'annexe de l'entreprise familiale, cloîtrés, silencieux, pour échapper aux rafles des nazis. Malheureusement, ils furent découverts, arrêtés en août 1944 et déportés au camp d'Auschwitz. Ensuite, Anne et sa sœur Margot seront envoyées au camp de Bergen-Belsen où elles mourront toutes les deux vers février 1945. Oui, février 45, des mois et des mois après la Libération de Paris, la joie et les fêtes qui s'en suivirent. C'est dire combien l'obsession raciste des nazis fut totale. Autrement, Anne FRANK aurait peut-être aujourd'hui 94 ans. Mais elle vit encore dans ce livre traduit dans plus de 70 langues et vendu à 30 millions d'exemplaires. Voilà un beau cadeau à faire à nos ados ! Je veux aussi vous dire un mot de Mélinée et Missak MANOUCHIAN. Le 21 février dernier, le couple de résistants a fait son entrée au Panthéon. J'ai eu l'immense honneur d'être invité à Paris pour assister à cet événement. Né en Turquie en 1906, survivant du génocide arménien, très tôt orphelin, passé par le Liban, Missak MANOUCHIAN n'arrive en France qu'en 1923. Ouvrier mais aussi poète, puis militant communiste et résistant, amoureux comme nul autre de sa complice et camarade Mélinée, il va prendre la tête d'un groupe de 23 combattants. Parmi eux, on trouve une Roumaine - Olga BANCIC - et puis des Arméniens et autres Polonais, des Italiens antifascistes, des Hongrois et des Espagnols antifranquistes. Ces résistants communistes, souvent juifs, pour la plupart étrangers, seront malheureusement traqués, capturés et torturés par la police de Vichy avant d'être exécutés par les nazis le 21 février 1944 au Mont-Valérien, à l'exception d'Olga BANCIC qui mourra décapitée, quelques mois plus tard à Stuttgart. Longtemps, ceux dont les visages figurèrent sur la fameuse Affiche rouge - chantée par Léo FERRÉ - furent oubliés, cachés, laissés à l'écart de notre histoire. Désormais, à rebours des tensions et haines actuelles, ils viennent d'être à jamais inscrits dans nos cœurs. Chacune et chacun doit les connaître, les chérir, protéger leur mémoire et s'en inspirer. Quant à nous, à Alizay, nous inscrirons à jamais l'histoire de ces résistants en donnant leurs noms au futur quartier de notre cœur de village et aux rues créées. Que leur courage exemplaire nous invite à plus de paix et de fraternité, pour que se taisent enfin ces canons de malheur si souvent présents dans l'actualité, notamment en Ukraine et en Palestine. Préparons l'après, pour un monde solidaire, durable et libre. Je vous remercie.

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE, Maire d'Alizay, Conseiller départemental de l'Eure