COMMÉMORATION DU 19 MARS 1962
Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc
mercredi 19 mars 2025 - Pont-de-l'Arche
Monsieur le Président, Messieurs les porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs, Chers Collègues, Chers amis, Je vous remercie de m'avoir invité cette année encore pour être présent parmi vous dans le cadre de la journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc. Cette date du 19 mars correspond au jour anniversaire du cessez-le-feu de la guerre en Algérie en 1962. Cette journée permet aussi de commémorer les accords d'Évian, signés la veille du cessez-le-feu, accords qui mettaient fin à l'occupation de l'Algérie par la France durant 132 ans. Avant cela, il aura fallu huit ans de conflit - de 1954 à 1962 - huit années pendant lesquelles la France, qui sortait pourtant de huit autres années de guerre en Indochine mais aussi de la 2nde Guerre mondiale, envoya sa jeunesse au combat. La France mobilise alors un total d'un million et demi d’appelés du contingent, des jeunes nés entre 1932 et 1943. C'est donc toute une génération qui a été profondément marquée par cette période, toute une jeunesse qui est entrée dans l'âge adulte par ce traumatisme profond puisque le service militaire durait alors 18 mois, certaines classes ayant même été maintenues sous les drapeaux jusqu'à 30 mois.. Mais, au-delà de la durée c'est bien entendu la violence de ce qui les attendait qui a tant marqué ces jeunes hommes à peine sortis de l'adolescence, si peu sortis de chez eux, de leur ville ou de leur campagne. Une jeunesse choquée par ce qu'elle a subi ou par ce qu'on lui a fait faire, au point que beaucoup ont préféré le silence même si l'oubli est impossible. Et pour cause. La guerre d’Algérie, ce sont 30.000 jeunes Français qui y ont laissé leur peau quand leurs camarades sont rentrés blessés, mutilés ou traumatisés. Mais la guerre d’Algérie, ce sont aussi plus de 400.000 Algériens tués, avec, là encore, des centaines de milliers de blessés et de mutilés, et toute une population durablement traumatisée. De part et d'autre, on a perdu un fils, un frère, un ami, un camarade. Ces chiffres effroyables dissimulent des drames personnels et expliquent qu'ici et là des rancœurs soient encore tenaces. La France ne voulait pas perdre son statut de puissance coloniale ni tout ce que lui apportait l'Algérie, tant par la richesse de ses sols que par sa position stratégique. L'Algérie, quant à elle, aspirait au droit à l'indépendance, à la liberté, à l'auto-détermination, prenant d'ailleurs souvent exemple sur des milliers de Français résistants qui avaient donné leur vie quelques années auparavant. Je remarque ces temps-ci que plus le temps nous éloigne de ces évènements, plus ils nous reviennent en boomerang. Le regard sur ces périodes change, évolue, des paroles se libèrent, des drames sont davantage médiatisés. Je regrette simplement que ces vérités soient, aujourd'hui encore, si taboues. Il faut regarder avec lucidité, comme le font les historiens, ce que fut la conquête de l'Algérie, sa colonisation, son occupation, son exploitation avant sa libération par celles et ceux qui aspiraient aux mêmes droits que nous. Bien entendu, cette exigence de vérité et de justice doit également s'appliquer de l'autre côté de la Méditerranée. Car du rêve légitime de liberté, on peut se demander ce qu'il en est resté quand on voit les régimes autoritaires qui se sont succédé, les règlements de compte fratricides, la guerre civile de 1992 à 2002 ou encore, plus récemment, la répression violente des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, six ans après les espoirs démocratiques suscités par le mouvement de protestation du Hirak. En attendant qu'un jour, là-bas, les choses changent enfin, j'espère du fond du cœur que la France en guerre restera bien une histoire du passé. La récente réélection de Donald TRUMP aux États-Unis vient menacer les grands équilibres internationaux, les accords bilatéraux et place le dictateur POUTINE en position de force dans ce conflit en Ukraine qui comptabilise déjà plus d'un million de morts et de blessés. Nous ignorons totalement de quoi demain sera fait. Allons-nous vers un cessez-le-feu qui permettrait d'avancer vers la fin du conflit. Ou, au contraire, faut-il s'attendre à voir la Russie chercher à s'étendre vers des pays de l'Union européenne tels la Pologne ou les pays baltes ? Difficile à voir dans le flou actuel. Je reste toutefois persuadé que chaque 19 mars - avec l’occasion qui nous est offerte de nous recueillir pour garder vivante la mémoire de celles et ceux morts à la guerre - nous gardons également trace en nous des horreurs de la guerre et de l'absolue nécessité d'œuvrer pour la paix. Je vous remercie.
