COMMÉMORATION DE LA VICTOIRE DU 8 MAI 1945
Victoire des forces alliées sur l'Allemagne nazie
jeudi 8 mai 2025 - Alizay
Mesdames et Messieurs, Anciens Combattants, Élus, citoyens, écoliers, amis, Bonjour à toutes et tous, Nous voici réunis pour commémorer la Victoire des forces alliées sur l'Allemagne nazie et la fin des combats de la Seconde Guerre mondiale en Europe, le 8 mai 1945. L'an dernier, nous célébrions le 80e anniversaire du Débarquement de Normandie. Aujourd'hui, vient le 80e anniversaire d'une victoire qui semblait sûrement impossible, impensable, improbable à celles et ceux qui vécurent ce déferlement de violences et de souffrances. En tout, le conflit dura six ans, jour pour jour, la fin complète des combats n'intervenant qu'avec la capitulation du Japon le 2 septembre 1945, après l'utilisation par les Américains de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki. De notre côté, après la déclaration de guerre du Royaume-Uni et de la France à l'Allemagne nazie, le conflit démarra par ce que l'on appelle la "drôle de guerre". En effet, une fois les hostilités déclarées le 3 septembre 1939, rien ou presque ne se passa jusqu'à la terrible offensive allemande du 10 mai 1940. 10 mai 1940. 8 mai 1945. Pendant cinq années, là aussi quasiment jour pour jour, notre pays fut envahi, occupé, dominé, meurtri, exploité et dirigé par les forces nazies, malheureusement aidées par les collaborateurs, la Milice et tout le régime de Vichy de Philippe PÉTAIN que certains à l'extrême droite continuent pourtant d'admirer. Cinq années d'angoisses, de terreurs, de privation, de manque, cinq années aussi à espérer comme on l'entend résonner dans le Chant des partisans : "Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes, Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute". Mais après l'invasion, l'occupation, la répression et tant de déportations revint enfin souffler sur nos côtes le vent de la liberté. Ce sera l'incroyable Débarquement du 6 juin 1944 suivi de celui en Provence le 15 août de la même année. Evreux est libérée par les troupes américaines le 23 août, Pont-de-l'Arche et Louviers, le même jour que Paris, le 25 août. Pour Criquebeuf, ce sera le 27, puis Alizay le 29 et Rouen le 30 août. On imagine parfois, à tort, que le Débarquement aurait fait détaler l'occupant allemand. Il n'en fut rien. Songez qu'à Tulle, en Corrèze, le 9 juin 1944, 3 jours après le Débarquement, la division allemande SS "Das Reich" entra dans la ville et pendit 99 hommes aux balcons et lampadaires devant la population terrorisée puis déporta 149 autres hommes dont 101 moururent dans les camps de concentration. Le lendemain, le 10 juin 1944, le village martyr d'Oradour-sur-Glane vit 642 habitants assassinés par les nazis, 4 jours après le Débarquement. Du côté des déportations et des camps de concentration, les hommes d'Hitler poursuivirent sans relâche leurs crimes contre l'Humanité. Les camps d'extermination fonctionnèrent à plein régime pour détruire le plus d'humains possible, ces hommes femmes, vieillards et enfants, d'abord stigmatisés, persécutés, puis traqués, arrêtés, déportés, affamés, frappés, exploités et enfin triés, gazés ou abattus et brûlés. Il faudra attendre le 27 janvier 1945 pour que le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, où plus d'un million de personnes, majoritairement des Juifs, furent assassinées, soit enfin libéré. Anne Frank et sa sœur Margot sont mortes au camp de concentration nazi de Bergen-Belsen vers la fin mars 1945… Et même en France, La Rochelle et Lorient ne furent reprises aux Allemands que le 8 mai, Saint-Nazaire le 9 et Dunkerque le 10 mai. Je vous cite ces dates pour vous montrer combien la barbarie nazie fut un véritable acharnement, du premier au dernier jour, de la première heure jusqu'à son dernier souffle. Alizay en ressortit également meurtri, reconnu sinistré dès le 16 juin 1941, notamment du fait de bombardements allemands un an plus tôt. Mais pour faire fuir l'occupant et libérer la région, notre village - comme tant d'autres - dut subir les bombardements alliés les 8, 17, 22 et 28 août, offensives faisant des blessés, des morts et de nombreux dégâts. Église endommagée, maisons détruites, lignes électriques coupées, mairie-école fissurée, presbytère en ruine. Alizay était la deuxième commune la plus sinistrée du canton de Pont-de-l'Arche après Le Manoir. Voilà des éléments que chacun doit avoir en mémoire dans des temps incroyablement perturbés. Songez que la Russie et les Etats-Unis, les deux nations les plus puissantes à l'époque et les plus déterminantes dans notre libération, font désormais preuve d'une agressivité inédite à notre égard, que ce soit Poutine avec sa guerre militaire menée au cœur de l'Europe en Ukraine ou Trump qui déstabilise tous les équilibres internationaux avec sa guerre économique chaotique. À l'heure où des proches du président Trump ponctuent leur discours d'un salut nazi, à Alizay, nous travaillons à ne pas effacer le passé et à ne pas perdre la mémoire. Nous honorons depuis longtemps des figures importantes du combat pour la liberté : stade Angela DAVIS, école Jean FERRAT, médiathèque Andrée CHÉDID, place de la Résistance, rue Nelson MANDELA. En vous promenant encore dans notre village, vous verrez : - la rue Lucie et Raymond AUBRAC, couple de résistants exceptionnels rendu célèbre par le cinéma et l'évasion de son mari qu'organisa Lucie - la rue Guy MÔQUET, ce jeune résistant communiste fusillé alors qu'il n'avait que 17 ans - la rue Elsa TRIOLET, l'écrivaine et résistante - la rue Gabriel PÉRI, journaliste communiste fusillé en décembre 1941 au Mont-Valérien - la rue Pierre SEMARD, cheminot et dirigeant communiste fusillé en 1942 à la prison d'Evreux - ou encore la rue Paul ELUARD, du nom du poète de la Résistance. Le 24 septembre dernier, nous avons poursuivi ce travail en donnant à deux nouvelles rues d'Alizay les noms d'Olga BANCIC et Joseph EPSTEIN. Je rappelle rapidement qu'Olga BANCIC était une résistante juive, communiste, venue de Moldavie et prête à sacrifier sa vie pour la liberté, elle que les nazis assassinèrent en la décapitant en 1944 le jour même de son anniversaire. Joseph EPSTEIN était également juif et communiste, lui aussi arrivé d'ailleurs, de Pologne. Après avoir combattu pour la République en Espagne il a été engagé volontaire dans la Légion. Fait prisonnier, il s'est évadé avant de rejoindre la Résistance et de devenir le chef pour toute la région parisienne. Lui aussi y perdra la vie, arrêté et torturé par la police de Vichy puis fusillé par les Allemands, laissant derrière lui une femme et un enfant, Georges, aujourd'hui un monsieur de 83 ans que nous avons eu l'immense honneur d'accueillir lors de cette inauguration. Fidèles à cette tradition, nous souhaitons désormais que le futur cœur de village porte le nom de Mélinée et Missak MANOUCHIAN, eux aussi résistants communistes. Ils sont les premiers étrangers à être entrés au Panthéon le 21 février 2024, lors d'une magnifique cérémonie à laquelle j'ai eu l'honneur d'assister. Dans une société française comme rarement divisée, que chacun porte en lui leur message d'espoir et de liberté, le refus de la haine, du racisme, de l'antisémitisme et de l'injustice. Ne nous laissons pas endoctriner, instrumentaliser, manipuler par ceux qui - dans les médias et la politique - font leurs affaires de nos divisions. Rejetons ces tentatives de division basées sur l'origine, la culture, la religion, la couleur de peau. Refusons qu'on oppose au sein du peuple hommes et femmes, jeunes et vieux, travailleurs et chômeurs, salariés et retraités, fonctionnaires et employés du privé. D'ailleurs, pour finir, je tiens à rappeler quelques éléments du programme du Conseil National de la Résistance dénommé "Les jours heureux" dont vous apprécierez, aujourd'hui encore, l'ambition, la modernité et la nécessité. Ainsi, les forces républicaines réclamaient "une véritable démocratie économique et sociale" avec "l'éviction des grandes féodalités économiques et financières". Elles demandaient "la participation des travailleurs à la direction de l'économie", des salaires garantissant à "chaque travailleur et sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine". Le Conseil National de la Résistance voulait encore la sécurité de l'emploi, l'élévation du niveau de vie des agriculteurs, une retraite pour "finir dignement" ses jours et la possibilité pour les élèves "d'accéder à la culture la plus développée". On lui doit encore la mise en place de la Sécurité sociale instituée dès octobre 1945 grâce au syndicaliste et ministre communiste Ambroise CROIZAT. Dans tout notre nécessaire travail de mémoire, n'oublions jamais que la résistance fut aussi le camp du progrès et des conquêtes sociales pour davantage de droits, de liberté, d'égalité et de fraternité. Je vous remercie.
