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CÉRÉMONIE DU 11 NOVEMBRE 2025

Cérémonie de commémoration du 107e anniversaire de l'Armistice de 1918

mardi 11 novembre 2025 - Alizay

Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques, civiles et militaires, Mesdames et Messieurs les élus, Chers habitants, chers amis, chers enfants, Chaque année, nous nous rassemblons : - pour honorer ceux que la guerre a fauchés - pour honorer ceux qu’elle a mutilés - pour honorer ceux qu’elle a ensevelis ou meurtris. Nos pensées vont à ces hommes, souvent si jeunes, partis de nos villes et villages. Affrontant la faim, la peur, le froid, la boue. Effectuant ou subissant attaques et bombardements. Plongés dans les tranchées, l'angoisse, la mort. Beaucoup étaient fils de paysans. D’autres, apprentis, artisans, ouvriers.... Tous ont découvert la guerre dans l’ignorance. Ignorance des atrocités et de la violence qui les attendaient. Ignorance de la peur, de la terreur et des horreurs dont ils allaient être témoins et victimes. Certains n’avaient jamais vu la mer. Jamais voté. D’autres jamais mis les pieds dans la capitale ou à l’étranger. Ils sont revenus… morts ou à jamais brisés. Derrière eux, des familles plongées dans le deuil, la stupéfaction et l'incompréhension. Car, comme l’écrivait Paul Valéry : "La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas." La Première Guerre mondiale fut une catastrophe humaine sans précédent. Dix millions de militaires tués. Vingt millions de soldats blessés. Des familles brisées. Une jeunesse décimée. A elle seule, la bataille de Verdun fit près de 800 000 victimes, soldats morts, blessés ou disparus. Certains jours, on compta jusqu'à 20.000 tués en 24 heures. Imaginez cet enfer : chaque jour, pendant quatre ans… Des centaines et des centaines de jeunes hommes tombant au front. Un flux incessant de vies sacrifiées. 70 millions de soldats furent mobilisés à travers le monde. Et pourtant, ce n’était qu’un prélude à d’autres violences mondiales quelques années plus tard. Finalement, la "Der des Ders" n'était que la première. Désormais, la modernité allait s'allier plus que jamais à la barbarie… Aviation, chars, fusils mitrailleurs, grenades, gaz mortels. La guerre était devenue une machine. Une mécanique de destruction totale. Une industrie de la mort totale. Certains l'avaient bien compris qui tentèrent de s'opposer à un tel carnage. D'abord Jean Jaurès, qui fut assassiné lâchement par un nationaliste à la veille de la guerre. Je pense aussi aux 639 mutins fusillés pour avoir désobéi à des ordres le plus souvent absurdes. L'exemple le plus frappant reste l'offensive du Chemin des Dames menée à l'initiative du général Nivelle en avril 1917 dans l'Aisne.. A chaque fois, les gains territoriaux furent minimes tandis que les pertes humaines battaient des records : en seulement deux semaines, dans les troupes françaises, on comptabilisa 40.000 morts ! Alors, oui, pour les soldats, il y avait de bonnes raisons d'entonner la Chanson de Craonne, magnifique chant de rébellion interdit par le commandement, tant ils étaient bien conscients d'être sacrifiés pour protéger les puissants restés au chaud loin du front. Et les civils ? Que de veuves et d'orphelins… Ici une femme perdant son mari, là des enfants se retrouvant sans père. Partout, des familles voyant mourir un fils, un frère, un cousin, un oncle, un neveu… Des millions d’innocents marqués à jamais. Avec cette guerre, le nombre de naissances chuta soudain de moitié. Les villes et campagnes furent ravagées. L’économie brisée… Un pays tout entier meurtri. Pourtant… il y a des histoires. Des visages derrière les chiffres. J'aime raconter celle du tout dernier Poilu, Lazare Ponticelli, mort en 2008 à 110 ans. Lui qui était arrivé en France encore enfant, seul… sans parler un mot de français. Il devint Poilu, par choix. Puis entrepreneur après-guerre. Et créa un groupe qui emploie aujourd’hui encore des milliers de personnes. Cet exemple nous rappelle que courage et détermination peuvent aider à surmonter la douleur pour repartir vers des actions constructives. Quant à la destruction, la guerre nous enseigne une autre leçon : l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand a déclenché un embrasement planétaire en 1914. D’un incident local peut donc naître un conflit mondial. Surtout quand on excite les foules, quand on leur apprend à haïr l'autre, le voisin, l'étranger. Aujourd’hui, des médias font cela en continu avec une xénophobie et un racisme qui dégoulinent non-stop à la télé, en radio, dans certains livres et journaux. Sans parler des technologies numériques qui peuvent propager la haine et la violence à une échelle inédite, surtout quand ils sont détenus par des milliardaires d'extrême droite, champions de la désinformation et de la manipulation de l'opinion. Des propos mensongers que des personnalités politiques sans scrupules n'hésitent plus à reprendre pensant que des divisions du peuple naissent les victoires électorales. Tout autour de nous, on voit combien la paix reste fragile. Depuis l'agression de l'Ukraine par la Russie, la guerre est de nouveau installée en Europe. Cela fera 4 ans en février prochain. 4 ans, comme la première guerre mondiale. Ailleurs, les conflits au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie se propagent. Voilà déjà plus de deux ans que la bande de Gaza subit une destruction méthodique épouvantable, en totale disproportion avec l'attaque subie le 7-Octobre. Et pourtant… il y a de l’espoir. Voyez la France et l'Allemagne en guerre en 1870, en guerre en 1914, en guerre en 1939. Et pourtant, que voit-on désormais ? - La réconciliation d'abord - Les échanges économiques, culturels et scolaires ensuite - Les 50 000 Français partant chaque matin travailler outre-Rhin - La frontière passée sans contrôle - Les deux pays partageant la même monnaie - La volonté de se transmettre une même culture - Le nombre de couples binationaux - Les écoles qui enseignent la langue de l’ancien ennemi - Les entreprises communes comme Airbus - Les programmes télévisuels comme la chaîne Arte - Et tous les projets communs… pour un destin commun. Tout cela montre qu’il est possible de passer de la détestation à la coopération, qu'après une atroce adversité peuvent tout de même advenir paix et progrès. La paix n’est jamais acquise. Elle se construit chaque jour. Par l’éducation, la culture, les échanges, la volonté d’agir ensemble. C'est d'autant plus nécessaire que le monde d’aujourd’hui a de nouveaux défis devant lui. A commencer par le dérèglement climatique qui menace notre avenir sur Terre. Des populations subissent des catastrophes qu’elles n’ont pas causées. Les inégalités se creusent. Comme l’a dit le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres : "Nous devons choisir entre solidarité et suicide collectif." La mémoire des victimes de la guerre nous le rappelle : Chaque décision compte. Nous sommes collectivement responsables. Nos sociétés doivent apprendre à bâtir des ponts plutôt que des murs. Souvenons-nous de ceux qui ont œuvré en ce sens pour la justice et la paix : Jean Jaurès, Martin Luther King, Gandhi, Nelson Mandela, Rosa Parks, toutes les héroïnes et tous les héros de la Résistance. Aujourd’hui, nous avons la responsabilité de transmettre cette mémoire. Leur exemple montre qu’un engagement sincère peut changer le cours de l’Histoire. Qu’il est possible de résister à l’injustice. De protéger les faibles. De construire un monde meilleur. A nous d’enseigner aux jeunes la valeur de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Que ce jour de commémoration nous le rappelle : le prix de la liberté est extrêmement élevé, surtout quand on nous l'a retirée et qu'il faut lutter pour la retrouver. D'où l’importance de rester unis et solidaires face aux crises et aux dangers, face à tous ceux qui veulent nous diviser. La guerre, la haine et la destruction ne sont pas inévitables. Le courage, la solidarité, l’éducation peuvent transformer le monde. Ensemble, continuons à œuvrer pour que la mémoire de ceux qui sont tombés maintienne allumée la lumière qui doit nous guider.

Discours de Monsieur Arnaud LEVITRE, Maire d'Alizay, Conseiller départemental de l'Eure