Premier discours après l'élection
jeudi 1 juillet 2021
Mes chers collègues, C’est avec une émotion toute particulière que j’interviens aujourd’hui, au nom du groupe CEC pour cette séance d’ouverture d’un conseil départemental largement renouvelé. Émotion toute particulière parce que ce sera la première fois, depuis 45 ans, que cette séance se déroulera sans la présence de notre collègue, camarade et amie Andrée Oger, ancienne conseillère départementale du canton de Saint-André de l’Eure qui avait fait le choix de ne pas se représenter. Je veux profiter de l’occasion pour lui rendre un hommage appuyé, à elle qui aura toujours été aux côtés des habitants et des habitantes de son canton, et bien au-delà. Attachée à l’éducation, à la solidarité, à la fraternité, à l’accueil digne des mineurs non accompagnés, attachée aussi à la justice sociale, les valeurs qui la guidaient nous guideront, nous aussi. Permettez-moi d’avoir aussi une pensée particulière pour un autre de nos conseillers qui a décidé de ne pas se représenter, Gaëtan Levitre, dont l’action pour soutenir, partout et en toutes circonstances, les salariés, les précaires, les plus fragiles de nos concitoyens, continuera, elle aussi, à nous inspirer. Mes chers collègues, nous voici donc aujourd’hui, dans une assemblée départementale, je l’ai dit, largement renouvelée par les élections que nous venons de connaitre. Quelles leçons retenir de ces élections ? Quelles leçons retenir, si ce n’est le poids écrasant de l’abstention ? Quelles leçons retenir, si ce n’est la faillite démocratique à laquelle nous avons assisté ? Quelles leçons retenir, si ce n’est le naufrage démocratique qui doit bien sûr toutes et tous nous interroger, mais dont sont grandement comptables celles et ceux qui étaient en responsabilité, celles et ceux qui ont, par exemple, décidé de confier l’acheminement des plis électoraux à une société privée, avec le succès que l’on connait… celles et ceux aussi qui ont refusé le débat démocratique, en éloignant ainsi les Eurois et les Euroises des enjeux de cette élection ? Toutefois mes chers collègues, personne, aucun élu, quel que soit son bord politique, ne peut totalement s’exonérer de cette faillite démocratique, de cet éloignement populaire, de ce fossé qui se creuse avec nos concitoyens et nos concitoyennes. Il n’est plus possible de se contenter d’une gestion comptable des affaires du Département. Il faut, de toute urgence, redonner du sens à l’action politique, il faut, de toute urgence, redonner un cap, une vision pour notre département. Il faut répondre, pour de vrai, aux aspirations populaires. Il faut redonner au Département sa vocation première de bouclier. Un bouclier qui protège les gens contre les mauvais coups de la vie, un bouclier social qui protègent des effets dévastateurs du libéralisme, de la compétition à outrance qui, nécessairement exclut et laisse sur le bord du chemin trop des nôtres. Un bouclier écologique, aussi, qui défend notre environnement, le protège, le valorise, le sauvegarde. Beaucoup de travail nous attend, toutes et tous, pour regagner la confiance des électeurs et des électrices. Beaucoup de travail nous attend pour protéger nos jeunes, nos anciens, pour accompagner les précaires, prendre soin des mineurs non accompagnés, valoriser notre monde paysan, freiner l’artificialisation de nos sols, permettre l’accès de tous et toutes à la médecine, aux services publics, à l’information. Notre groupe entend prendre toute sa part dans ce travail et porter avec force, détermination et engagement la voix des Euroises et des Eurois. Qu’en sera-t-il, par exemple, de l’autoroute A133/A134 ? Quelle sera la position de la majorité départementale sur ce sujet du pseudo contournement Est de Rouen ? Une clarification sera nécessaire tant les discours des candidats ont varié d’un canton à l’autre, certains rejetant ce projet tandis que d’autres déclaraient, dans leurs tracts de campagne, le soutenir fermement ! La majorité départementale devra, sur ce sujet comme sur d’autres, sortir du bois et expliquer clairement quelle est sa position par rapport à ce projet fou, destructeur d’environnement, véritable usine à particules fines dont l’ARS et la Dréal nous ont expliqué, ce mardi, lors d’une réunion sur l’augmentation du nombre de cas de cancers pédiatriques dans l’Eure, qu’elles sont une des causes probables de ce phénomène qui doit tous nous interpeler ! Mes chers collègues, je l’ai rappelé en préambule, nous vivons un moment démocratique historique, celui d’une rupture terrible entre le peuple et les élus, entre les électeurs et le suffrage. Notre responsabilité est immense. Personne ne peut plus rester sourd aux aspirations populaires, il est temps, enfin, d’entendre les gens, et de comprendre, surtout, que la vérité d’une décision politique ne se situe pas dans une forme de technicité bureaucratique. Il est temps de comprendre que derrière les décisions techniques qui sont prises par cette assemblée, il y a des conséquences bien réelles pour des hommes et des femmes. Que derrière les chiffres, il y a des visages, des vies et des voix, que derrière les tableaux et les statistiques, il y a des gens. Lorsque, durant le mandat précédent, la décision est prise de modifier la carte scolaire, de fermer le collège Pierre-Mendès France de Val-de-Reuil, et dans le même temps d’envoyer les enfants des Damps et de Criquebeuf à Val-de-Reuil, et ceux de Val-de-Reuil à Pont de l’Arche, cela a des conséquences terribles ! Cela a des conséquences pour Arthur, pour Léane, pour Mathéo, pour Méline, pour Thomas, pour Janel et pour Lola ! Cela a des conséquences pour ces garçons et ces filles qui se voient privés de la possibilité d’être dans le même collège que leur grand frère ou leur grande sœur. Cela a des conséquences pour ces filles et ces garçons qui habitent aux Damps, dont les premières maisons sont à 30 m du collège de Pont de l’Arche, et qui vont pourtant devoir faire de longs et inutiles temps de transport pour se rendre à Val-de-Reuil. Ces enfants, ces filles et ces garçons, n’auront plus de temps pour leurs loisirs et ne pourront plus rentrer manger à la maison le midi, et ce sont les familles qui auront à supporter le cout de la restauration scolaire. Alors que tous les spécialistes s’accordent pour dire que des journées trop longues handicapent la réussite scolaire, et notamment celles des enfants en difficulté, alors que tous les spécialistes s’accordent aussi pour reconnaitre le caractère déterminant du bien-être des enfants dans la réussite scolaire, alors que plusieurs études ont largement démontré que la taille critique des établissements se situait autour de 500 élèves ce qui permet de concilier petite taille, proximité humaine et offre pédagogique satisfaisante, il est urgent de revenir sur les décisions qui ont été prises lors du précédent mandat. Sur mon canton de Pont de l’Arche, c’est une fuite vers l’enseignement privé qui s’organise pour les familles dont les demandes de dérogation sont refusées. La majorité départementale avait mené cette réforme avec l’ambition affichée de permettre une meilleure mixité sociale. C’est une intention que nous ne pouvons que louer. Hélas, les résultats sont inverses. Les décisions prises entrainent des départs vers l’enseignement privé et empêchent, de fait, la mixité sociale. Mais surtout, les décisions prises allongent les journées des enfants qui sont en plus regroupés dans des établissements trop grands, or ces deux facteurs, longueurs des journées et taille trop importante des établissements, sont des facteurs d’augmentation de l’échec scolaire pour les élèves les plus en difficulté comme l’ont prouvé des études de l’OCDE. Mes chers collègues, j’ai ici le tract de campagne du binôme qui était candidat pour la majorité départementale sur le canton de Pont de l’Arche. Sur ce tract, je peux lire qu’il faut pour eux, je cite : « repenser la carte scolaire pour diminuer les temps de trajet ». Je ne peux que me féliciter de voir que l’erreur qui a été commise est ainsi reconnue par ceux-là même qui en sont responsables. Je ne peux, du coup, que me féliciter de voir que la première mesure que je propose de prendre fera donc consensus au sein de cette assemblée, et pourra surtout satisfaire les familles des Damps et de Criquebeuf qui m’ont sollicité, puisque je vous propose de revenir sur la carte scolaire pour permettre de diminuer le temps de trajet des élèves qu’ils soient de Val-de-Reuil, des Damps, de Criquebeuf ou d’ailleurs. Cette décision, que nous pourrions prendre très rapidement serait un signal fort à envoyer aux habitants et habitantes de nos cantons : celui que cette nouvelle assemblée entend leurs légitimes aspirations, celui aussi, que, au-delà des clivages politiques, au-delà de tout ce qui nous sépare, au-delà des visions différentes que nous portons, nous pouvons travailler ensemble à améliorer le sort de nos jeunes et à favoriser la réussite scolaire des tous les élèves. Je vous remercie de votre attention.
