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Analyse de la guerre Israël / Hamas

vendredi 20 octobre 2023

Monsieur le Président, Mes chers collègues, Lors de ma précédente prise de parole en ouverture de la Session plénière du 23 juin dernier – il y a 4 mois déjà - je concluais mon propos en vous adressant "mes vœux d'un bel été", et "en espérant qu'il ne soit pas celui de tous les dangers". J'avais alors en mémoire les terribles feux de forêt de 2022 mais ce fut un autre incendie qui allait éclater seulement 4 jours après. Le 27 juin, la mort de Nahel Merzouk, 17 ans, tué à bout portant par un policier lors d'un contrôle routier après un refus d'obtempérer, allait plonger le pays dans des nuits de fureur et d'émeutes. On dénombrera des centaines de policiers blessés et de bâtiments dégradés, des milliers de personnes interpellées et de véhicules incendiés, mais aussi de nouvelles polémiques quant à l'attitude des jeunes ou au comportement des forces de l'ordre, notamment après l'incarcération d'un policier soupçonné d'avoir gravement blessé le jeune Hedi à Marseille. Comme si le chaos devenait la règle, la planète n'était pas en reste et se mettait au diapason de cette symphonie macabre. La terre était engloutie sous les eaux en Libye et sous la boue en Inde, elle tremblait au Maroc et brûlait comme jamais au Canada, à Hawaï, en Grèce ou aux Canaries. Entre deux canicules, nos concitoyens découvraient en images l'horreur de tous ces drames et l'effroi d'une comptabilité qui nous habitue à estimer les victimes par milliers et le coût de tous ces drames par dizaines de milliards. Mais un autre climat, depuis déjà longtemps délétère, étouffant, allait davantage se dérégler pour devenir irrespirable et provoquer d'autres catastrophes humaines. Je veux bien sûr parler du conflit israélo-palestinien. Le samedi 7 octobre 2023, 50 ans après la guerre du Kippour déclenchée par les armées d'Egypte et de Syrie, Israël se faisait à nouveau surprendre par une attaque du Hamas d'une extrême violence. Comme cela a été dit, il s'agit bien pour la population israélienne d'un traumatisme équivalent au 11-Septembre. Car au-delà des militaires et policiers, ont été attaqués et massacrés nombre de civils désarmés et innocents, des jeunes participant à un festival de musique techno, tout comme des familles vivant paisiblement dans des kibboutz. En faisant de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes, n'ont pas des "victimes collatérales" mais bien le cœur de cible de ses attaques, le Hamas s'est rendu coupable d'actes terroristes, de crimes de guerre et peut-être même de crime contre l'humanité. On apprend d'ailleurs que l'identification des victimes est rendue extrêmement difficile par le nombre important de personnes carbonisées ou démembrées. Il s'agissait bien de marquer les corps mais aussi les mémoires de manière bestiale, même si aucun animal n'agirait avec ce sadisme et cette cruauté. Pour autant, la réponse d'Israël fait elle aussi craindre le pire. Les bombardements sur Gaza n'épargnent pas les civils, ne laissent aucune chance aux enfants, aux femmes, aux malades et aux personnes âgées. L'ordre donné à plus d'un million de Gazaouis de tout abandonner pour fuir la menace qui approche est d'autant plus cruel qu'il s'est accompagné de la privation d'eau, d'électricité, de nourriture et de carburant. La loi du Talion, cet œil pour œil, rend chaque camp aveuglé par sa rage et sa soif de vengeance. Tous ces crimes abominables ne sont pourtant pas tombés du ciel. Ils ont une histoire, une gestation, qui obligent à les contextualiser, non pour les excuser – jamais ! – mais pour comprendre leur apparition. Si, après les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, les survivants de la Shoah représentaient bien un peuple sans terre, la Palestine n'était pas une terre sans peuple. D'ailleurs, en 1947, l’ONU avait adopté un plan de partage de la Palestine en deux États indépendants, un juif et un arabe, avec Jérusalem sous contrôle international. La proclamation de l'Etat hébreu en 1948 se fonda peu après sur la « loi du Retour », c’est-à-dire que tout juif dans le monde obtenait soudain le droit de s’installer en Israël. S'en suivirent plusieurs conflits armés israélo-arabes dont on crut voir le terme il y a 30 ans avec les accords d'Oslo. Rappelons que l'année suivante, en 1994, Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Peres recevaient conjointement le Prix Nobel de la Paix. Oui, de la paix ! Les récents événements donnent l'impression qu'un tel accord date de plus d'un siècle. C'est aussi parce qu'ensuite, sur place, chaque camp s'est vu peu à peu, de dérives en dérives, représenté par le pire : le Hamas d'un côté pour les Palestiniens, mais aussi l'extrême-droite ultra-orthodoxe pour les Israéliens. Rappelons que les colons qui prônent l'annexion pure et simple de la Cisjordanie sont désormais représentés dans le gouvernement israélien. En face il n'y a plus guère d'"autorité palestinienne", juste une organisation vieillissante – Mahmoud Abbas a 87 ans ! – rongée par la corruption et le népotisme. Tout cela est le fruit d'un lent durcissement où chacun grandit dans l'ignorance de l'autre, séparé par des clôtures, des barrières, des miradors et un no man's land surveillé par des soldats. Nous, Européens, devons essayer de comprendre comment ce conflit majeur a pu à ce point disparaître de l'agenda géopolitique. Peut-être avons-nous été leurrés par différents événements pourtant positifs : la paix avec l'Egypte en 1979, celle avec la Jordanie en 1994, la normalisation des relations d'Israël avec plusieurs pays dans le cadre des accords d'Abraham. Et puis, peut-être las de ce conflit interminable, notre regard se porta ailleurs, sur l'Iran, le Koweït, l'Irak, l'Afghanistan. Et puis le Rwanda, et le Mali, le Yémen, le Soudan… Et puis la Lybie, la Syrie, la Tunisie, la Russie, le Haut-Karabakh… Les événements se sont ainsi succédé banalisant l'horreur, nous offrant l'horrible pour routine. Désormais, il nous faut tout reprendre depuis le départ, dans un contexte qui est sans doute le pire des 75 dernières années pour envisager la paix, en commençant pour cela par exiger un cessez-le-feu immédiat. Il faudra toute la subtilité et la pression de la diplomatie internationale pour faire avancer les choses, toute la force de l'ONU et de l'UE, si on veut reprendre le chemin menant enfin, un jour, vers la création de deux états. Même s'il est actuellement traumatisé, le peuple israélien avait montré ces derniers mois son profond attachement à la démocratie en participant au plus vaste mouvement de contestation de l'histoire d'Israël par des manifestations gigantesques contre les projets de Netanyahu lequel ferait mieux de s'inspirer de Golda Meier qui elle, au moins, démissionna après la guerre du Kippour. Quant au peuple palestinien, il mesure chaque jour combien le Hamas l'expose sans état d'âme par choix du chaos. Peut-être faudra-t-il aussi à ces deux peuples avoir un jour la chance que surgisse une figure aussi puissante que celle d'un Nelson Mandela, d'une Shirin Ebadi (avocate iranienne, Prix Nobel de la Paix 2003), d'un Martin Luther King, d'une Narges Mohammadi (militante iranienne, Prix Nobel de la Paix 2023) ou d'un Mahatma Gandhi. La France a un rôle indéniable à jouer sur la scène internationale pour avancer en refusant les sempiternelles débats sur une origine du conflit qui nous renvoie parfois des milliers d'années en arrière. Il ne s'agit plus de se demander encore et toujours qui a commencé, mais d'aider le premier qui voudra bien arrêter. Une nécessité aussi pour notre pays quand on sait comment, à l'heure des réseaux sociaux, et du djihad numérique, n'importe quel événement peut se transporter sur notre territoire et mobiliser les esprits faibles et têtus comme nous venons encore de le voir avec l'assassinat de Dominique Bernard trois ans après celui de Samuel Paty, mais aussi avec l'attaque terroriste en Belgique. Désormais un Coran brûlé par un réfugié Irakien en Suède pourrait avoir motivé l'attentat à Bruxelles perpétré par un Tunisien. Et pour dire, enfin, un mot des deux professeurs assassinés à trois ans d'intervalle, gardons bien à l'esprit que Dominique BERNARD et Samuel PATY étaient l'un et l'autre des enseignants appréciés, exigeants et bienveillants, ouverts et tolérants, passionnés et courageux, proches de leurs élèves, soucieux de les faire progresser pour qu'ils deviennent des citoyens libres et éclairés. Soyons à notre tour fidèles à leur image et à ce qu'ils attendaient des autres. Empêchons que notre pays bascule dans cette haine et cette intolérance que ces deux enseignants rejetaient. Samuel PATY et Dominique BERNARD étaient des gardiens d'Humanité. À notre tour de prendre le relais avec fermeté et dignité.

Intervention de Monsieur Arnaud LEVITRE, Président du groupe l'Avenir en partage